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 Site internet du village de Cleurie - Vosges

 

 

 

           Fontaine de Saint-Augustin Plateau au dessus de Saint-Augustin Ferme de Jacquerey

La ferme Jacquerey 

à La Grande Charme

 

 Il existait autrefois sur le plateau de la Grande Charme, à proximité de l'étang de l'Abîme, trois fermes dont on aperçoit encore les vestiges. Ainsi, lorsque l’on emprunte le sentier venant de la chaussée de l’étang et que l’on longe celui-ci par l’Est, on rencontre tout d’abord les ruines de la maison Jean Picot, puis celles de la ferme Capat et enfin les restes de la ferme qui était habitée par la famille Tisserand.

 On sait peu de choses sur Jean Picot et sur Capat, sauf qu’il ne s’agit que de surnoms et que les anciens évoquent l’existence de familles Chipot, Valentin, Lacôte, ou Robert. Quant à la famille Tisserand, qui est une des dernières à avoir quitté la Grande Charme, elle est très connue puisqu’elle a essaimé dans les environs. Son histoire, évoquée par des descendants, mérite d’être racontée.

Jean Baptiste Tisserand était surnommé Jacquerey, car l'un de ses ancêtres portait le prénom de Jacques. Né vers 1830, il avait épousé Pélagie Morel, de qui il eut 19 enfants. Sept de ces enfants vécurent très âgés. Les garçons étaient bûcherons et les filles brodeuses à domicile. On se souvient qu'elles allaient en tramway jusque Remiremont pour chercher leur broderie. En été, elles faisaient les saisons comme femmes de chambre à Plombières.

La vie était rude dans cette ferme de quelques hectares et on n'était pas riche. On raconte que la mère Jacquerey et sa fille aînée n'allaient à la messe à la nouvelle église de Julienrupt que l'une après l'autre, un dimanche sur deux, car elles n'avaient qu'une seule jupe pour elles deux.

Quand la petite Marguerite, une des dernières filles, fut baptisée en 1878, sa grand' mère, qui était aussi sa marraine, l'enveloppa dans une grande couverture en raison des grands froids de l'hiver et de l'abondance de la neige. Après la cérémonie, le cortège remonta à la Grande Charme à pied en empruntant les sentiers de la montagne.

Lorsque la grand' mère posa le baluchon sur la table de la cuisine et ouvrit la couverture, l'enfant avait disparu. On se dit que l'enfant avait coulé pendant le trajet du retour et était tombé dans la neige.

On s'en alla donc en direction de Julienrupt pour tenter de retrouver le bébé dans la neige. L'enfant fut retrouvé au bord du sentier à environ 800 mètres de la ferme. La grand' mère, qui marchait la dernière pour profiter de la trace des autres, ne s'était aperçue de rien en raison du poids de la neige sur son baluchon.

Malgré la présence à proximité de la ferme de deux puits, qui apportait l'eau de la nappe souterraine, l'eau claire manquait quelquefois. Marguerite Tisserand traversait donc le bois jusqu'à Saint Augustin avec sa brouette de linge pour faire la lessive dans les eaux de la fontaine.

Comme dans la plupart des fermes de la montagne, l'été était mis à profit pour le ramassage des plantes à infusions, les "pattes de chat", qui étaient des plantes rases poussant sur les hauteurs, les fleurs d'arnica que l'on infusait dans l'alcool pour soulager en cas de coups, le fromageon avec lequel on faisait des bains de pied pour soulager des rhumatismes...

Pendant la guerre de 14 - 18, des soldats furent mis au repos à la Grande Charme. Marguerite Tisserand fut autorisée à leur servir des boissons chaudes et du vin. La ferme fit donc auberge pendant quelques temps.

La famille Tisserand quitta la ferme de la Grande Charme vers 1925. Petit à petit, les bâtiments tombèrent en ruine. Des soldats aménagèrent encore sur les vieux murs du hangar des tôles pour se procurer un abri. Mais inexorablement les arbustes envahissent les lieux.

Quant à Marguerite Tisserand, devenue veuve d'Anicet Pierrel, elle mourut en 1972, à l'âge de 95 ans, à son domicile de la Goutte des Rayes. Elle n'avait manifestement pas souffert de la chute dans la neige qu'elle avait connue à l'aube de sa vie.

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